méthodologie pour la dissertation (rappel)
Conférence de méthode – Culture générale
4°année
Méthodologie pour la dissertation
La dissertation de culture générale est un exercice portant sur l‘évolution générale politique, économique et sociale du monde ainsi que sur le mouvement des idées depuis le milieu du XVIII°siècle jusqu’à nos jours qui doit permettre d’apprécier l’aptitude des étudiants à exprimer, sur le sujet proposé, tant une analyse des faits et des évènements qu’une interprétation personnelle et argumentée.
Pour bien mesurer la portée de cette définition, qui est celle de l’épreuve de culture générale au concours de l’ENA, il convient d’en reprendre les principaux éléments :
- « exercice » : la dissertation est un exercice, c'est-à-dire qu’elle est destinée à produire une note, c'est-à-dire à établir une hiérarchie de la valeur de l’étudiant au regard de critères prédéfinis. Il faut donc se soucier de la personne qui va lire le devoir, et non pas travailler dans l’absolu, et garder en mémoire en permanence les règles de cet exercice.
- « portant sur l’évolution générale » : il ne s’agit pas de faire acte de spécialiste de la question (attention aux sujets que l’on connaît trop bien), mais d’apprécier des éléments dans leur globalité, leurs relations et leur évolution. La dynamique du devoir est un élément important d’appréciation, ce qui veut dire que si l’étudiant souhaite introduire un « bilan », celui-ci doit être concis et servir de base à une réflexion.
- « politique, économique et sociale » : en clair, tous les aspects d’un sujet peuvent être abordés, et dans la mesure où tous ne pourront pas l’être, un choix judicieux (diversité, pertinence, équilibre) doit être réalisé par l’étudiant.
- « permettre d’apprécier… » : le but est d’obtenir une note.
- « analyse des faits et interprétation personnelle » : cela signifie qu’il faut utiliser des savoirs (divers) pour construire une argumentation. Le terme « personnelle » est trompeur : il ne s’agit pas de livrer une vision révolutionnaire ou complètement nouvelle d’une question, mais d’aborder celle-ci en se détachant d’une part des lieux communs et d’autre part en évitant de plagier ce que d’autres ont déjà écrits. De plus, cela appelle une critique de la pensée des auteurs de référence, critique ne voulant pas toujours dire absence d’intérêt.
J’ajouterai plusieurs points essentiels de la dissertation :
- c’est un exercice littéraire qui implique une maîtrise certaine de la langue, de l’orthographe, de la grammaire, du vocabulaire, de la syntaxe, du niveau de langage et de l’écriture.
- c’est un exercice où les règles de forme comptent pour une grande part : elles sont assez faciles à maîtriser et il serait donc dommage de ne pas s’y conformer (même si cela est parfois frustrant).
Enfin, je précise à toutes fins utiles, que la dissertation n’est pas :
- un exposé portant sur un thème général
- une discussion autour d’un sujet
- un pamphlet
- un discours partisan.
Règles formelles.
J’insiste sur le respect de ces règles qui est indispensable.
La dissertation comporte obligatoirement une introduction, un plan en deux parties et une conclusion.
Le nombre de pages n’est pas imposé mais un devoir ne doit être ni trop long ni trop court. En règle générale, cela représente 2 à 3 copies doubles.
L’introduction :
Il s’agit de l’étape cruciale du devoir, celle qui conditionne tout le reste et qui donne le ton du devoir. Pensez que le correcteur, à l’issue de la lecture de votre introduction, s’est déjà fait une opinion sur le devoir.
L’introduction comporte toujours les éléments suivants :
- une phrase d’attaque : utiliser une citation n’est pas imposé, d’autant plus qu’elles sont souvent inappropriées. Il faut proscrire toutes les phrases creuses, générales, les lieux communs, les maximes populaires ou toute autre considération sans intérêt. La phrase d’attaque doit être claire, assez ramassée, et permettre d’entrer clairement dans le sujet.
- définitions des termes du sujet : vous devrez définir les termes qui posent problème.
- délimitation du sujet : le sujet doit être bordé dans le temps et dans l’espace. S’il ne l’est pas explicitement, vous devrez le faire en justifiant sommairement votre choix.
- l’intérêt du sujet : intérêt historique et intérêt actuel
- problématique du sujet : nous y reviendrons en détail.
- l’annonce du plan.
Attention : ces éléments ne font pas forcément l’objet d’un paragraphe spécifique et ne sont pas à traiter forcément dans cet ordre. La présentation ci-dessus a pour but de préciser les éléments qui entrent dans la préparation de l’introduction.
Pour construire une introduction, vous pouvez vous inspirer du modèle ci-dessous :
- une phrase d’attaque : celle-ci vous sert à mettre un pied dans le sujet et peut servir à cadrer celui-ci, à définir un des termes du sujet (le plus important), à en rappeler l’étymologie ou encore à replacer le sujet dans une perspective historique. Dans tous les cas, cette phrase doit avoir un intérêt : pas de platitude, pas d’évidence…
- cadrage historique : ce paragraphe doit vous permettre de replacer le sujet dans sa perspective historique, de faire état de sa complexité, des réflexions ou controverses qu’il a engendré. Ce cadrage, en fonction du sujet, peut aussi être géographique.
- enjeux du sujet : ce paragraphe doit développer l’intérêt actuel du sujet (l’intérêt qu’il y a à traiter ce sujet aujourd’hui), son actualité (pas seulement en France !), sa résonance dans le monde contemporain.
- problématique : ce paragraphe fait état de la question qui, selon vous, est véritablement posée par le sujet. En effet, tout sujet, de par sa formulation, induit une question, ou plutôt des questions, qu’il vous faut définir pour les traiter. Sur un sujet, il y a souvent plusieurs problématiques possibles : ce qui fait la qualité d’une problématique est sa pertinence au regard d’une argumentation.
- l’annonce du plan : ce paragraphe qu’il convient de mettre en évidence au terme de votre introduction doit clairement poser le plan qui va guider votre rédaction. Au moyen de deux phrases distinctes, vous annoncez vos deux parties et leurs deux sous-parties. L’annonce du plan doit être la plus claire et concise possible
Le développement :
Les règles formelles sont moins nombreuses, mais non de moindre importance :
- le développement s’articule obligatoirement autour de deux parties, elles mêmes construites autour de deux sous parties. Il ne faut en aucun cas indiquer par des lettres ou des chiffres vos parties : la clarté du propos, et la clarté de la copie doivent suffire pour indiquer au lecteur votre plan (que vous avez par ailleurs annoncé).
- la qualité essentielle du développement repose sur la clarté du propos : qualité littéraire de l’expression (orthographe, grammaire, syntaxe, vocabulaire, ponctuation…), qualité de l’écriture, clarté « visuelle » de la copie…Celle-ci repose en partie sur un expression maîtrisée c'est-à-dire : une phrase = une idée, une idée = un ou deux exemples (ou contre exemple si vous souhaitez nuancer ou relativiser le propos).
- faire des chapeaux : ce sont des phrases introductives qui précèdent le I et le II et qui permettent d’annoncer les sous-parties. Ce sont des formules littéraires, qui ont pour but de montrer votre souci du lecteur : elles n’apportent pas d’éléments nouveaux, et ne sont pas à proprement parler des éléments de réflexion.
- ménager des transitions : elles interviennent entre les deux grandes parties et entre les sous-parties. Là aussi ce sont des formules de style mais qui soulignent la clarté du raisonnement et du propos. Une transition conclut sur ce qui vient d’être dit, esquisse les limites de ce propos et ouvre ce qui suit. Là aussi, une transition n’a pas besoin d’être longue, elle doit surtout être claire.
Voir infra « quelques conseils de rédaction ».
La conclusion :
Elle est obligatoire. Elle ne doit pas développer une idée oubliée dans le devoir ou qui n’y entrait pas. Elle ne pose pas de question, ne laisse pas une idée en suspens (pas de « … »), ne doit pas être complètement extérieure au devoir.
Pour être efficace, la conclusion doit dans un premier temps reprendre les deux idées essentielles du devoir (qui correspondent aux deux parties du plan) puis, dans un second temps ouvrir une perspective relative au sujet. Vous pouvez utilement projeter votre réflexion dans l’avenir proche, évoquer des échéances à venir ou des évènements à suivre.
Dans tous les cas, l’introduction doit être assez courte, rythmée et pertinente. Elle ne doit pas être considérée comme une simple formalité réduite en deux phrases creuses et générales.
La problématique : dans bien des devoirs, le correcteur est confronté à une réflexion intéressante et parfois bien argumentée mais désordonnée, sans lien, voire contradictoire.
Tout l’enjeu de la problématique est là : quelle est la question qui est selon vous posée par le sujet et comment vous allez y répondre. La plupart du temps, en une ou deux phrases vous devez pouvoir poser cette problématique. Vous pouvez aussi avoir recours des formules interrogatives, mais qui doivent être simples, claire et concises. En tout état de cause, je ne vous recommande pas le recours à des questions car il produit souvent une simple reformulation du sujet.
Exemple : « le rôle politique des artistes ».
Ainsi, au-delà du simple constat de la permanence dans la vie publique du rôle des artistes, l’ambiguïté de leurs relations avec le politique, aujourd’hui accentuée par les médias, et l’absence de contrôle démocratique de leur action constitue aujourd’hui une interrogation majeure pour les citoyens.
Dans cette problématique, vous exprimez plusieurs choses :
- « au-delà du simple constat » : vous soulignez la permanence dans le temps et vous dites clairement que le sujet ne sera pas traité historiquement (ce qui ne veut pas dire que vous ne pouvez pas faire référence à l’histoire)
- « l’ambiguïté de leurs relations avec le politique » : vous soulignez que ce qui est important dans le sujet n’est pas l’ensemble des relations entre politique et artistes, mais les « services » mutuels qu’ils sont amenés à se rendre, consciemment ou inconsciemment, dans le cadre d’une société médiatique.
- « l’absence de contrôle démocratique » : vous soulignez enfin que le cœur du sujet est dans l’opposition entre une légitimité démocratique (les politiques) et une légitimité artistique (médiatique) et que la mise sur le même plan de ces deux légitimités pose problème.
Le plan : celui-ci est obligatoirement en deux parties et quatre sous-parties. Il doit être annoncé en fin d’introduction, sous la forme d’une ou deux phrases, suivi scrupuleusement tout au long du devoir et rappelé à chaque changement de partie.
C’est le canevas autour duquel vous allez construire votre argumentation et doit donc souligner la clarté de votre raisonnement, la progression de votre réflexion et la pertinence de votre problématique.
Il n’existe pas de plan type : chaque sujet est particulier et appelle une organisation originale. En revanche, n’utilisez jamais une structure « oui/non » qui ne permet pas de répondre aux exigences de l’exercice.
Exemple : sur « le rôle politique des artistes ».
Si le développement moderne des médias a considérablement accru la place occupée par les artistes dans la vie publique, celle-ci devient de plus en plus ambiguë à mesure que les relations entre les deux sphères donnent l’illusion d’une collusion. Dès lors, la redécouverte d’une légitimité politique de l’artiste passe par une certaine indépendance du pouvoir politique qui appelle un nouveau regard citoyen sur son action.
Le plan proposé est clair :
- le développement moderne des médias a accru le rôle politique des artistes (sous-entendu, ces derniers savent communiquer)
- les relations politique/artistes sont ambiguës car elles sont souvent basées sur une recherche d’intérêts mutuels.
- une certaine indépendance doit être trouvée : en tout cas, la clarté des positionnement est indispensable
- cette redéfinition ne peut être le fait du politique mais être établie par les citoyens
Quelques conseils de rédaction.
Contrairement à ce que pensent souvent les étudiants, la dissertation n’est pas notée uniquement en relevant les idées et références évoquées (raisonnement qui veut que plus on « balance » des auteurs et des concepts, meilleure sera la note), mais accorde une grande importance à la manière dont celles-ci sont utilisées. En clair, mieux valent peu d’idées bien exposées que profusion mal organisée.
Bien rédiger ne s’invente pas. Chaque étudiant a un style qu’il sera difficile de modifier fondamentalement, et ce n’est d’ailleurs pas le but. L’enjeu de l’exercice est, tout en ménageant un style personnel, de respecter des codes qui correspondent à l’idée que se fait l’institution de la bonne expression. Si cela ne fait que renforcer chez certains l’idée que la culture générale repose uniquement sur la forme, rappelez-vous en permanence la phrase de Sartre qui affirmait que « la forme c’est du fond qui affleure ».
Pour être encore plus clair, soyez convaincu que le correcteur apprécie votre capacité à faire partie du même cercle que lui, et que les règles de forme sont des codes dont le respect vous permet de faire partie du même monde.
La dissertation est un exercice de communication, c'est-à-dire qui a pour objet de transmettre de la part d’un étudiant (l’émetteur) un message au correcteur (le récepteur). Or, pour que cette communication fonctionne, il faut maîtriser les codes du récepteur, ce n’est pas à lui de maîtriser ceux de l’émetteur (qui est d’ailleurs loin d’être unique !). Maîtriser ces codes ne veut pas dire les appliquer bêtement, mais les intégrer pour savoir en jouer, les respecter pour les utiliser à votre avantage, montrer que vous les connaissez.
Rappelez vous que les correcteurs ont une culture commune avec la votre, ce ne sont pas des êtres étrangers à votre formation, et ils ont une certaine expérience de la correction des copies et qu’il ne sera donc pas facile de les tromper !
Pour rédiger clairement, vous devez annoncer ce que vous allez dire, puis le dire et enfin dire ce que vous avez dit. Ce rythme ternaire est la clé d’un devoir clair et structuré.
Dit autrement : vous posez une idée, vous l’expliquez et l’illustrez, vous dépassez cette réflexion.
Concrètement, pour être efficace, votre rédaction doit s’articuler autour de trois principes invariants :
- avancer une idée
- l’expliquer en donnant un exemple ou une référence
- passer à l’idée suivante
Exemple : sur le sujet « le rôle politique des artistes.
« De même, si le but de l’artiste n’est pas uniquement de jouer un rôle politique, la place privilégiée qu’il occupe dans les médias en font un porte-voix incontournable. Les médias, en privilégiant la parole des artistes parce que supposée plus proche des préoccupations du peuple et en mêlant habilement divertissement et politique, contribuent à amplifier ce rôle politique. Le scandale provoqué par la candidature de Coluche à l’élection présidentielle de 1981 nous rappelle que ce mélange des genres est parfois néfaste et illustre le rôle ambigu joué par les médias. »
Vous voyez ici les trois temps :
- l’idée : « place privilégiée qui en fait un porte-voix »
- l’illustration : « en privilégiant…confusion des genres »
- passage à l’idée suivante : « rôle ambigu des médias »
Appliquer strictement ce principe permet d’adopter un style d’écriture uniforme (ce qui est plus simple pour vous et plus clair pour le lecteur), efficace (les idées s’enchaînent clairement en évitant les développements vaseux) et sûr (si vous n’arrivez pas à exprimer une idée, ou à trouver un exemple, c’est probablement que vous faites fausse route).
Pensez également, au sein de chaque sous-partie, à utiliser un style qui insiste sur le déroulement de votre raisonnement : enchaîner les paragraphe au moyen de mots de liaison (donc, par ailleurs, de plus, toutefois, cependant…). Bien utilisés, ces termes donnent du rythme au devoir et mettent en valeur la progression de la réflexion.
Gestion du temps.
La gestion du temps est un élément fondamental. Chaque étudiant doit trouver son rythme de travail et s’y tenir pour tirer le meilleur parti du temps disponible. En clair, seule l’expérience peut donner de bons résultats.
Toutefois, on peut donner quelques grandes lignes :
Pour une dissertation en 5 heures, environ 2 heures doivent être consacrées à la préparation (plan détaillé, introduction) et environ 3 heures à la rédaction (y compris conclusion et relecture).
Les points essentiels :
- plan détaillé : il est indispensable. Son niveau de détail doit empêcher toute divagation en cours de rédaction.
- relecture : elle est indispensable car elle permet de gommer les inévitables scories de la rédaction (coquilles, fautes d’orthographe, oublis…).
Les sujets.
Les sujets de culture générale apparaissent multiples et variés. Cependant, ils présentent tous un grand point commun : ils sont toujours très larges.
En effet, ils appellent tous à une réflexion globale, historique et actuelle, sur des questions de société. Aucune réponse péremptoire ne peut jamais être donnée sur un sujet. Tous font appel à l’histoire des idées, et sont susceptibles d’ouvrir sur des traitements différenciés.
Les sujets se présentent sous 5 formes différentes :
- une question
- un mot
- une citation à commenter
- une opposition de termes
- une phrase
Malgré ces différentes formes, les sujets appellent tous une problématique qui sera propre à l’étudiant. Ce qui change en fonction de la formulation d’un sujet, c’est l’angle d’attaque : vous ne traiterez pas de la même façon un sujet en fonction de sa formulation.
Il faut donc être très attentif au sujet, bien le lire, pour bien comprendre ce qui est demandé. Rien n’est plus dangereux que d’en extraire un thème et de le traiter dans l’absolu.
Par exemple :
Le sujet suivant ne sera pas abordé de la même façon selon la formulation adoptée même si le thème reste inchangé :
- « le rôle politique des artistes »
- « les artistes jouent-ils un rôle politique ? »
- « les artistes doivent-ils jouer un rôle politique ? » :
- « les artistes peuvent-ils ne pas jouer un rôle politique ? » :
- « artiste et politique »
- « le rôle politique des artistes s’est-il accru ? »
- « les artistes ont-ils renoncé à jouer un rôle politique ? »
- « art et politique font-ils bon ménage ? »
- « les artistes en politique »
- « la politique et les artistes »
Vous voyez bien que chaque sujet aborde le même thème mais ne suggère pas le même traitement, donc pas la même problématique. Sur tous ces sujet, vous retrouverez globalement les mêmes arguments et des illustrations similaires, mais leur enchaînement ne sera pas le même.
En résumé :
- bien lire le sujet
- noter toutes les idées et essayer systématiquement de les confronter aux faits, de chercher des contre-arguments, prendre du recul sur ces idées.
- Construire un plan détaillé
- Rédiger l’introduction au brouillon
- Rédiger avec méthode, en soignant la forme
- Aérer le devoir pour souligner une progression
- Ne pas oublier la conclusion
- Toujours relire attentivement la copie avant de la rendre
- Utiliser tout le temps dont vous disposez